GESAFFELSTEIN, LE PETIT PRINCE INCOMPRIS

Assas Sound Code revient avec un nouvel article de décryptage du dernier album du mystérieux Gesaffelstein, Hyperion.

En 2013, lorsque sort Aleph, le premier album de Gesaffelstein, Justice fait déjà carton plein depuis quelques années avec Ed Banger, les Daft Punk sont à leur apogée avec la récente sortie de  Random Access Memories et les papas de la French Touch tels que Garnier, Crécy ou Jarre sont encore bien populaires. Pourtant, en quelques mois, Mike Levy est sacré par la presse « prince français de la techno », devenant le représentant bankable d’une musique qui, en voie de démocratisation, passe de plus en plus à la radio, dans les pubs, bref partout. Cette surexposition médiatique a toutefois son revers de médaille : bon nombre de mélomanes ont très vite reproché à l’artiste de profiter de l’ignorance collective pour recycler voire même plagier une musique pas si nouvelle que ça.

Quoi qu’il en soit, à défaut d’avoir fait l’unanimité, Gesaffelstein (dont je garde un souvenir ému du live aux Solidays en 2014), a tracé son chemin entre réalisations pour le cinéma et production, notamment pour Kanye West, A$AP Rocky ou encore The Weeknd. Toujours boosté par une communication cryptique, une musique obscure et, il faut le dire, une belle gueule, Mike était attendu au tournant lorsqu’il annonça, il y a quelques mois, la sortie d’un futur projet.

Alors que vaut le nouvel album de Gesaffelstein, Hyperion, sorti le 8 mars dernier ? Que reste t-il du prince de la techno ? Ne serait-il devenu qu’un simple beatmaker ?

Voici beaucoup de questions, auxquelles ASC a tenté de répondre…

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  •  Hyperion / 2’53

En plus de constituer l’opening de l’album, il s’agit de son titre éponyme. Etonnamment mélodieux, on se laisse facilement entrainer par le synthé activé en arpégiateur qui nous rappelle vaguement l’orgue de Barbarie. Même si le morceau ne décolle pas vraiment, les effets stéréo vers 1’45 offrent un rendu assez sympa (j’ai quand même vérifié que ça ne vienne pas de mes écouteurs). On peut regretter le côté simpliste de la mélodie (si la sol fa mi ré do), et de la production en général qui sonne un peu garageband.

7/10. 

  • Reset / 3’25

Ce morceau nous laisse un sentiment plus mitigé. Une espèce d’instru rap inquiétante, peu fade : assurément pas le titre que l’on retiendra mais bizarrement, le morceau a été clippé et a servi de teasing pour la sortie de l’album. Assez glauque, il met en image une sorte de Rap Contenters du futur, où des rappeurs de plus en plus perchés se disputent le passage à l’écran, intercoupés d’images de twerks et de foule zombifié. L’ombre de Gesaffelstein apparait alors et instaure la pénombre…
Si la parodie de 6ix9ine vaut le détour, le reste pas vraiment.

4,5/10. 

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  • Lost in the Fire feat The Weeknd / 3’22

C’est l’un des singles de l’album, avec une nouvelle collaboration entre The Weeknd et Gesaffelstein. Le titre est pop, très radiofriendly. L’ambiance est cohérente avec l’album. Pourtant, la patte du producteur se ressent assez peu;  cette collaboration s’inscrivant dans la lignée des précédentes entre le chanteur canadien et les Daft Punk.

7’5/10.

 

  • Ever Now / 1’38

Ever Now est une courte instru, très peu rythmée, mais demeurant toujours dans l’esprit de l’artiste : minimaliste et inquiétante. Comme pour l’ensemble de l’album, c’est un son très cinématographique, sur lequel vous ne pourrez ni danser, ni vraiment vous ambiancer. Néanmoins, c’est un bon morceau de transition.

6/10. 

  • Blast Off feat Pharrell Williams / 3’55

Blast Off est le troisième single de l’album. Le titre est très alléchant sur le papier et pour cause, c’est un featuring avec Pharrell Williams qui, dans un registre plus dark qu’à son habitude, offre une apparition concluante. L’instru assez épurée rappelle celle de Poursuit, titre génial du premier album.
On est donc globalement sur une belle réussite avec ce titre, sans doute l’un des morceaux porteur de l’album.

7,5/10. 

  • So Bad feat Haim / 3’36

Gesaffelstein nous propose ici une balade urbaine assez sympa. Les voix féminines des américaines de Haim, très aigües, se marient bien avec l’instru lente et mélancolique. Pourtant, le morceau se fait un peu trop monotone et manque de texture. On lui préfère Forever.

6/10. 

  • Forever feat Electric Youth & The Hacker / 4’31

Cette chanson pop à l’inspiration 80’s aurait très bien pu faire partie de la BO de Drive, à juste titre puisque le duo de pop Electric Youth (en collaboration avec College), qui y interprète le sublime A real hero, est en featuring (rappelez-vous la scène de la voiture où ils tombent amoureux). Un titre plutôt calme donc, malgré un trip électro futuriste pas très cohérent en outro (la faute à The Hacker ?).

7/10. 

  • Vortex / 2’37

Vortex est peut être le son le plus fidèle à l’album précédent, avec pas mal de points communs, notamment avec Nameless, Piece of future, ou encore Hellifornia.
Cependant, le morceau est vite étouffé par une texture trop riche, et qui, en moins de 3 minutes, arrive quand même à partir un peu dans tous les sens. Dommage.

5,5/10.

  • Memora / 3’37

Memora est un peu à l’image de Ever Now; d’ailleurs les mélodies sont assez proches. C’est un fond sonore de bande originale, dans lequel on retrouve toutes les sonorités récurrentes de l’album : des kicks hip-hop, des bruitages de sirène, et des synthés plaintifs.
Mais franchement, le morceau n’est pas très excitant et ne donne pas forcément envie d’y retourner.

5/10. 

  • Humanity Gone / 10’42

Avec son titre évocateur, Humanity Gone nous laisse percevoir, à travers des basses troubles et des orgues angoissants, une certaine vision de l’apocalypse. Ce closing bien ambitieux de presque 11 minutes est totalement cinématographique et très réussi au niveau de la production, du choix des effets et des mélodies.
Malheureusement, sa lenteur le rend un peu longuet, même si la trompette (ou quelque chose qui y ressemble), à partir de la 7e minute, ajoute beaucoup de caractère au morceau.

6,5/10.

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Bilan : l’album Hyperion laisse un goût quelque peu amer, on ne savait pas à quoi s’attendre, mais on est quand même un peu déçus. Ironiquement, les morceaux sur lesquels on souhaitait retrouver le Dj, à savoir les tracks techno qui tabassent, ne sont pas présents et les instrumentales sont globalement décevants.
A l’inverse, les collaborations plutôt mainstream tant redoutées sont assez réussies.
Gesaffelstein aurait-il finit sa mue vers la production à l’image des Daft Punk? Que voulait-il prouver avec cet album ? Va-t-il remonter sur scène ?

Nul ne connait la réponse à ces questions, puisque l’artiste, toujours aussi mystérieux, semble encore se refuser à toute promo et interview… To be continued. 

Notre note globale : 6,25/10.

NB : Oui, le carré noir c’est bien la pochette de l’album…

Hippolyte Caston