DREAM : Two Waves, le renouveau !

Assas Sound Code a franchi les frontières nationales pour aller vous recueillir une interview exclusive de Two Waves, un artiste suisse qui n’a rien à envier aux compositeurs de la capitale !

Connu sur la scène suisse pour sa musique électronique teintée de l’influence d’artistes français comme Fakear ou Petit Biscuit, Two Waves retire aujourd’hui cette étiquette qui ne lui correspond plus et nous propose « Dream », une musique aux inspirations ambiant et trap.

Two Waves, une transformation perméable

D’une vague à l’autre

  • Comme les premiers producteurs de sons techno, il semblerait que Two Waves souhaite intellectualiser sa musique. La recherche de nouvelles sonorités, la modification des structures musicales ou la combinaison des influences constituent le nouveau quotidien de Two Waves. Afin de se forcer à innover, il s’impose le défi de produire des musiques plus longues. C’est dans sa quête de variations et de gradation qu’il se renouvelle. Cette diversification lui permet de capter l’attention de l’auditeur sur un temps plus long. Fini la zizique intro, complet, refrain, couplet, outro !

Ce constat a peut-être influencé le mode de production de Two Waves. Dans ses premières années, il commençait par travailler le sampling, qui à l’époque était souvent d’inspiration orientale, et le lead (mélodie principale), qui était formé de samples de voix. Aujourd’hui, il forge son art musical en fonction de l’ambiance et des sentiments qu’il veut transmettre, commençant principalement par travailler la rythmique, véritable fondation de la progression d’un morceau chez le jeune artiste.

À vouloir innover, certains pourraient se détacher de l’harmonie qui doit exister dans un morceau. Je me rappelle d’un artiste (dont je tairais le nom) qui hurlait dans un vocodeur pour produire un son. L’idée était intrigante, mais le résultat… décevant. Le pauvre, il n’avait plus de recul sur le produit final qu’il proposait. Two Waves n’est pas tombé dans cet excès. Au cours de notre discussion, la notion de cohérence est souvent revenue. L’apport d’un élément dans l’équilibre du morceau doit pouvoir s’expliquer d’une autre manière que le simple fait qu’une mesure commence.47370983_569982263449516_6914190901749219328_n

Two Waves me confie qu’il se situe en période de transition. Cette métamorphose, enrichie par de nouvelles méthodes de composer et d’aborder la musique électronique, pourrait donner naissance à une musique sentimentale et atmosphérique. L’avenir nous en dira plus… Ce qui est certain c’est que l’univers de Two Waves s’est émancipé des styles musicaux qui lui collaient à la peau.

Une transition attendue sur scène

  • Le compositeur alpin est aussi connu pour ses lives. Un pad, un contrôleur, un ordinateur portable et la machine démarre. La méthode utilisée pas l’artiste était proche d’un Fakear, mais il semblerait que l’évolution de Two Waves aura aussi lieu sur les planches.

Premièrement, son panel instrumental s’élargit graduellement avec, par exemple, l’utilisation récente d’un synthé Korg. Two Waves pense aussi ses tracks au moment de la composition pour pouvoir les jouer en live, ce qu’il ne faisait pas forcément auparavant.

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Two Waves, ayant quitté le rivage de la musique pop, devra renouveler ses lives afin de coller à son nouveau style. À l’instar de l’artiste techno, les modifications musicales se feront avec progressivité afin de permettre au public d’appréhender les changements et de lui permettre de rentrer dans le mood dégagé par le live.

 

 

 

 

 

« Dream », un horizon éclectique

Une réinvention compositionnelle

  • « Dream », le nouveau morceau de Two Waves est l’exemple parfait de cette transition. Il reprend en effet des voix samplées ou des instruments comme la flûte ou le piano. Mais très vite, on comprend que l’univers de Two Waves se veut plus céleste et dramatique qu’auparavant. Même si le BPM reste relativement élevé (130), l’utilisation de longues nappes sonores, rythmées par une basse avec les aigus réduits par un cutoff, et l’usage de voix plus profondes et enivrantes permettent à «  Dream » de garder une ambiance douce et ataraxique, sans tomber dans l’ataxie !

Cette track est d’inspiration complexe. Le travail sur les cymbales et la rythmique des kicks peut nous faire penser à de la trap ; mais les couches de fond sont d’influence ambiant. On remarquera aussi l’utilisation d’un sythé détuné en début de morceau qui rappellera à certains d’entre vous les soundtracks de Stranger things, Kubrick, Carpenter ou encore Spielberg à ses débuts.

Le tout conserve cependant sa cohérence. Les éléments sont amenés par des transitions ou des breaks ce qui permet de se détacher de la structure en 4 ou 8 temps. La superposition des éléments reste lisible et permet à chacun de retrouver les instruments qui composent le morceau si l’on y prête l’oreille.

Two Waves est bien parti pour amorcer la transition qu’il veut réaliser. « Dream » est plus long que les anciennes tracks qu’il a pu produire. Les influences sont variées et c’est ce qui permettra à Two Waves de se démarquer par la suite !

Un clip à l’atmosphère éthérée

  • Le dernier morceau de Two Waves a fait l’objet d’un clip que vous pouvez retrouver ici . Il avait été tourné en mars dernier, mais a failli ne pas voir le jour pour une question de colorimétrie. Il a été finalement retravaillé il y a peu pour retransmettre l’ambiance du morceau et est sorti sur YouTube le 18 novembre.

imageJe vous laisserais interpréter personnellement le clip, mais voilà ce que j’ai pu comprendre des dires de l’artiste. C’est l’histoire d’une femme plongée dans un rêve. Elle semble à première vue perdue dans ce monde aux aspects oniriques, mais se fait guider par un « faiseur de rêve », Two Waves. L’artiste, vêtu de noir, l’accompagne dans ce monde paisible et symbolique. Cet univers disparaît au moment où le miroir, symbole de la fine barrière entre rêve et réalité, est brisé. Pour ce qui est de la fin, je vous laisse libre de l’interpréter.

C’est assez fou ce que Two Waves a pu nous préparer avec une bande de potes. Le montage est réalisé en cohérence avec l’atmosphère du morceau et sa structure. Le clip n’a rien à envier à ceux des grands labels !

En bref, que retenir de l’expérience Two Waves ? Je dirais : une complémentarité et une opposition. Complémentarité, car les éléments se répondent que ce soit au sein d’un morceau ou dans la méthode de produire et de jouer en live. Mais aussi opposition, entre le réel et l’irréel pour le dernier clip ou encore dans la transition d’un style électro proche de la pop à une composition qui se détache des limites imposées par un courant musical.

Spoiler : Je vous laisse attendre le prochain EP de Two Waves pour que vous puissiez juger de vous-même du processus de changement amorcé.

Yoann Tagliaferri.